Dans les bureaux de toutes les entreprises, c’est une scène désormais commune : pour gagner du temps, les collaborateurs adoptent spontanément des assistants IA. Pourtant, cette quête d'efficacité s'opère souvent à l'insu de la direction informatique, contournant les protocoles de validation établis. Le phénomène est non négligeable : selon une étude de Reco de 2025, 71 % des employés utilisent désormais des outils d'intelligence artificielle sans aucune validation formelle de leur organisation.
Face à cette réalité, les dirigeants doivent opérer un changement de paradigme : il ne s'agit pas de traquer les usages, mais de les encadrer pour convertir une vulnérabilité potentielle en un actif stratégique pour l'entreprise.
Qu’est-ce que le Shadow AI ?
Le Shadow AI (ou IA fantôme) est l’utilisation par les collaborateurs d’outils, de modèles ou de plateformes d’intelligence artificielle sans l'approbation officielle ni la supervision de la Direction des Systèmes d'Information (DSI). Ce phénomène couvre un large spectre, allant des IA génératives grand public aux applications SaaS intégrant des fonctionnalités algorithmiques non validées par l'entreprise.
Les employés adoptent ces solutions pour automatiser des tâches routinières, créer du contenu ou faciliter leurs prises de décision, souvent sans réaliser qu'ils s'affranchissent ainsi des politiques de sécurité de l'entreprise.
Quels sont les risques du Shadow AI ?
Si le Shadow AI est un cousin du « Shadow IT » (l'utilisation de tout système non autorisé), il introduit des risques uniques et amplifiés. La différence majeure réside dans le fonctionnement même de l'IA : ses résultats peuvent être complexes et parfois imprévisibles. Contrairement aux logiciels classiques, les modèles d'IA apprennent en continu et sont voraces en données. Par conséquent, une IA non sanctionnée peut engendrer des problèmes bien plus graves et immaîtrisables qu'un simple logiciel non approuvé.
Pour les entreprises comme pour les salariés, les dangers sont substantiels, la préoccupation immédiate étant la sécurité et la confidentialité des données. Lorsque des informations sensibles — plans stratégiques, données clients, résultats financiers non publiés ou code source propriétaire — sont injectées dans des outils non approuvés, elles risquent d'atterrir dans des modèles publics ou mal sécurisés.
Selon une enquête de CIO Dive, deux tiers des dirigeants identifient l'exposition ou la fuite de données comme le risque majeur lié à l'usage non sanctionné de l'IA. Ils seraient sans doute alarmés d'apprendre que 37 % des employés interrogés ont déjà saisi des informations internes confidentielles dans des systèmes d'IA externes, et qu'un tiers a admis y avoir intégré des données clients sensibles.
Cette pratique crée un immense angle mort pour les équipes de sécurité et la DSI, qui se retrouvent soudainement dans l'incapacité de savoir quels outils sont utilisés et vers où transitent les informations critiques.
L'exemple le plus frappant remonte à 2023 avec Samsung, lorsque des ingénieurs ont accidentellement partagé du code source propriétaire avec ChatGPT en cherchant une aide à la programmation. La propriété intellectuelle du groupe s'est ainsi retrouvée exposée à un fournisseur d'IA externe.
Cet incident met en lumière un mécanisme critique de fuite de données : certains services d'IA, en particulier les versions gratuites, utilisent les données qu'ils traitent pour entraîner leurs propres modèles. En clair, vos informations confidentielles pourraient être intégrées à la « culture générale » de l'IA, devenant potentiellement accessibles à d'autres utilisateurs ou réapparaissant dans des réponses à des requêtes tierces.