Quand les DAF font entrer la fonction Finance dans une nouvelle dimension

Comment le directeur financier (DAF) d’aujourd’hui appréhende-t-il ses fonctions et son rôle au sein de l’organisation ? Comment s’adapte-t-il à l’irruption de la technologie dans son environnement professionnel, à l’incertitude et à l’accélération du temps qui caractérisent désormais le monde de l’entreprise ? Et quelles implications cela entraîne-t-il pour la gestion des compétences ? Dans cette série de podcasts Workday Brèves de DAF, réalisée en partenariat avec Les Echos, cinq DAF expriment leurs perceptions des enjeux actuels et discutent de l’évolution de leur métier.

Le DAF stratège et polyvalent

Il y a d’abord, chez les DAF que nous avons rencontrés, cette volonté de faire endosser un nouveau rôle à leurs équipes ; d’élargir les fonctions de comptable et de contrôleur de gestion pour donner à la direction Finance un rôle de copilote de la performance et de partenaire dans la définition et l’exécution de la stratégie de l’entreprise.

Curiosité, polyvalence, transversalité et proximité opérationnelle sont des mots que l’on retrouve souvent dans la bouche de nos intervenants. Pour Louis de Miscault, (ÏDKIDS), le DAF ne doit plus se limiter à la seule performance économique et financière, mais adopter une vision à 360°. Cela se traduit par une ouverture à d’autres champs de compétences, ce qui lui permet de mesurer les résultats de l’entreprise en enrichissant les indicateurs quantitatifs par des indicateurs qualitatifs et en adoptant une approche holistique. Selon lui, le DAF doit comprendre comment le chiffre d’affaires a été réalisé et quels produits ont été vendus, en allant même jusqu’à analyser toutes les activités logistiques en amont de la production. Il doit s’intéresser à la valeur vie client, ou « customer lifetime value », c'est-à-dire la relation des clients avec l'entreprise dans la durée. Mais aussi examiner la performance des collaborateurs, moins sous un angle productiviste qu’organisationnel. Sans oublier la performance durable – la prise en compte des principes du développement durable.

 « C’est en essayant de décortiquer la performance économique et financière à l’aune de ces cinq axes qualitatifs que l’on peut dépasser les oppositions traditionnelles, par exemple entre les coûts et la valeur, et réfléchir à comment réallouer les coûts pour créer plus de valeur pour une entreprise, ses collaborateurs et ses clients. » Louis de Miscault, DAF chez ÏDKIDS

 

Cela ne signifie pas pour autant que le DAF doit négliger ses fonctions régaliennes. Pour Sébastien Rousselin (Clasquin), il s’agit en fait de trouver un juste équilibre entre son rôle de stratège et son rôle de gardien du temple.

Le DAF innovant et agile

« L’irruption de la technologie dans le service que l’on rend, c'est probablement, avec l’agilité dans l’expansion géographique, le défi à venir. » Bruno Vaffier, DAF chez Webhelp.

Pour remplir ses fonctions – traditionnelles et nouvelles –, le DAF mène des projets de transformation numérique, au premier rang desquels le déploiement d’outils de gestion et d’analyse financières avancés. La première mission d’un cadre financier est souvent de mettre en place un système ERP, ce qu’ont fait Bruno Vaffier (Webhelp) et Antoine Carrère (Doctolib) dès leur prise de poste. Mais, comme le souligne ce dernier, il ne suffit pas de choisir le logiciel à la mode : il faut s’assurer qu’il soit en parfaite adéquation avec les processus et les besoins réels des métiers, quitte à se transformer en organisateur de hackathon !

« L’irruption de la technologie dans le service que l’on rend, c'est probablement, avec l’agilité dans l’expansion géographique, le défi à venir. »

Bruno Vaffier DAF Webhelp

« Il n’y a pas de bon outil en soi. Il y a un écosystème, et lorsque l’on veut ajouter une nouvelle brique, il faut être sûr qu’elle s’y intègre parfaitement. » Antoine Carrère, manager en transformation de la fonction Finance chez Doctolib.

 

Le premier intérêt de ces outils est de simplifier – en les automatisant – certains processus financiers dans une optique d’efficacité et de productivité, et pour permettre aux équipes de consacrer plus de temps aux tâches à forte valeur ajoutée, comme les analyses financières. À cet effet, Philippe Perrot, du Groupe Barrière, a lancé la création, en 2015, d’un centre de services partagés (CSP) permettant d’harmoniser les outils et de mutualiser l’ensemble des services comptables. Cette initiative a servi de socle à la création du CEDAPS, Centre d’expertises de la donnée et de l’automatisation des processus supports, et au projet de digitalisation Digit19.

Face à l’accélération des rythmes de production et dans un contexte d’incertitude et de forte concurrence, l’avenir de la fonction Finance dépend en partie des nouvelles technologies. En effet, elle repose en partie sur sa capacité à adopter une culture des données solide et des solutions technologiques appropriées pour gagner en agilité et en réactivité et pour guider la prise de décision. Des données fiables, unifiées et actualisées, associées à des outils analytics et d’apprentissage automatique, lui permettent de produire et de diffuser l’information en temps réel de manière plus fluide, et d’anticiper les futurs enjeux de l’entreprise. Pour ces raisons, certains DAF, à l’image de Sébastien Rousselin, n’hésitent pas à rénover leur système d’information.

« La digitalisation a accéléré les rythmes de production. Il faut que l’information soit très bien architecturée pour être diffusée de manière fluide. Nous sommes passés d’une situation où l’on faisait de la clôture mensuelle à une situation où l’on doit produire des informations à la semaine, à la journée… En tant que DAF, il faut être beaucoup plus agile et avoir une compréhension complète des outils et des processus dans l’entreprise. » Sébastien Rousselin, DAF chez Clasquin

Grâce à sa position stratégique au sein de l’entreprise et à son rôle dans le choix des solutions technologiques, le DAF peut réellement devenir un prescripteur d’innovation. Lorsqu’il orchestre l’intégration des données ou pousse l’adoption du Cloud, par exemple.

« En tant que DAF, il faut être beaucoup plus agile et avoir une compréhension complète des outils et des processus dans l’entreprise. »

Sébastien Rousselin DAF Clasquin

Le DAF, meneur d’équipe et pédagogue

Réussir la transformation de la fonction Finance nécessite un leadership et une vision solides, à la fois pour inspirer les équipes d’aujourd’hui et pour construire celles de demain.

Il s’agit d’abord d’obtenir l’adhésion des collaborateurs aux nouveaux outils et processus, de les impliquer tout au long des projets, et parfois de gérer ce « choc des cultures » dont parle Philippe Perrot – entre les profils traditionnels et les chefs de projet IT Finance, par exemple. Pour y parvenir, le DAF doit faire preuve de pédagogie et privilégier le dialogue pour expliquer l’intérêt concret que recouvrent de telles transformations, leur donner du sens. Il faut, selon les termes de Sébastien Rousselin, montrer le sommet de la montagne et le gravir en équipe.

Il s’agit ensuite de redéfinir les profils pour répondre aux besoins de la direction Finance moderne. Pour ce faire, le DAF accompagne les collaborateurs dans l’acquisition de nouvelles connaissances et de nouvelles pratiques. Il les amène aussi à appréhender leur travail différemment. Sébastien Rousselin évoque ses efforts pour inciter les membres de son équipe à se muer en architectes de l’information et en propriétaires des systèmes. Il s’agit de manipuler ces derniers grâce à une meilleure compréhension du cycle de vie des données financières et opérationnelles.

« La digitalisation a impliqué beaucoup de choses. Tout d’abord, nous avons énormément fait évoluer nos profils comptables […]. Aujourd’hui, nous voulons des comptables qui ne se contentent pas de saisir des écritures, mais aussi qui analysent, et surtout qui comprennent la raison d’un solde du compte, et les actions à mener. » Philippe Perrot, Directeur général métiers support et DAF chez le Groupe Barrière

 

En parallèle, le directeur financier doit enrichir l’expertise existante avec des compétences devenues essentielles dans des domaines aussi variés que la Data, l’automatisation ou la gestion de risques.

En passant d’une posture réactive à une attitude d’anticipation et à une vision holistique, de la simple assimilation à la prescription de nouvelles technologies, du management au leadership, le DAF est mieux armé pour faire face aux nouveaux enjeux de la fonction Finance et remplir pleinement son nouveau rôle de catalyseur de changement.

Vous souhaitez écouter tout ou partie de ces podcasts Workday réalisés en partenariat avec Les Echos ? Cliquez ici.

En lire plus